A propos du male Alpha numero 1
Après notre N°2, au tour du N°1 d'avoir sa propre réflexion sociale hors « sources ». À partir d'exemples sociaux réels ou fictifs connus, tenter une analyse. Le travail junguien par aperception peut-être ici efficient mais l'étude comparative, en rapport aux références et corrélations du Numéro, développe plus que du sens... Le but, comme à l'accoutumée, est bien de générer pour toi des indices, items et modèles, qui t'aident rapidement à définir des Types au sein d'interactions sociales.
Connais-tu
Marcus, un des membres méconnus de la bande du Splendid et des Bronzés ? Le nom ne te dira probablement rien mais l'image te parle... Nous parlons bien du seul personnage de fiction, à distinguer bien sûr du véritable comédien (regretté Guy Laporte), même si le réalisateur Patrice Leconte semble avoir pris en compte son expérience réelle de GO de Club Med... La réalité peut elle se réduire à cette farce grand-public ? Sûrement pas mais tu comprendras que le succès populaire des Bronzés 1 et 2 est peut être dû à ce seul « rôle central » autour duquel toute la bande gravite sans vraiment le savoir... D'où le bide relatif des Bronzés 3 ... Explications :
- Dans les Bronzés 1, Marcus n'est autre que le « Chef du Village », une belle gueule avec fossette au menton qui sait taper des mains en cadence, se déguiser en
Distracteur (Base 4) avec les autres, pour mettre la bonne ambiance. Mais le Gentil Organisateur/GO est assurément plus un clown blanc que rouge, un Tempérament « Pensée » apte à l'analyse des situations... À pied d'œuvre dès l'accueil, il veille à ce que tout se passe bien, même dans la gaudriole pour ne pas dire la gauloiserie. C'est d'abord un
Tertium (Base 3), un
Monsieur Loyal garant de l'organisation du « grand cirque ».
- Marcus est bien un chef ; sa voix porte, sa moustache renforce sa sévérité, il « gronde » au milieu du groupe avec une prestance toute particulière si ce n'est contre-nature, celle d'un Colérique qu'il n'est pourtant pas... Le pauvre
Bobo (Luis Rego) en prendra rapidement mais sévèrement pour son
grade quand il voulut tenter son pitoyable sketch de « la Valise »... Il avouera même en fin de film
Ici je croyais que je pouvais faire ce que je voulais... mais c'est refusé...
- Pire, dans les Bronzés 2 – au ski – le « cousin Marcus » se tape ouvertement Martine, la femme du fortiche bellâtre
N°7 Popeye, et, à ce niveau là, on peut difficilement croire que Leconte ne joue pas avec les symboles...
Laisse tomber, j't'expliquerai... Martine, derrière son tiroir-caisse en
N°2 désignée...
Habituellement, la bande du Splendid doit la qualité de ses personnages à leur capacité touchante d'auto-dérision ; Jean-Claude Duz se grille tout seul, se justifie de trop... Jérôme récite des vers en string et Nathalie – la femme de Bernard – dort avec ses chaussures de ski... On rie, on s'identifie implicitement, sans trop comprendre que la comédie giscardienne t'incite surtout à consommer du produit tourisme... Qu'est-ce qui fait qu'on « ignore » alors les rares épisodes violents avec Marcus ? Pourquoi ceux-ci passent sans créer de réel malaise alors qu'ils devraient ? Habituellement, les films tirés de scénettes théâtrales sont ratés ou affaiblissent l'effet comique initial (remember Camera Café...). De fait, par le personnage de Marcus, Leconte ne transpose pas tant les sketchs du théâtre vers le « village » Club-Med qu'en direction d'une certaine réalité sociale des territoires d'alors. Le public ne retiendra que les sauvages alpins au crapaud dans la bouteille – aptes à résoudre les énigmes des Chiffres et des Lettres – et pas le colonialiste Marcus car celui-ci est à priori « comme les autres ». L'analyse de l'évolution touristique prouvera pourtant que le consommateur lambda s'identifie toujours plus à quelqu'un comme lui – un néo, un Parisien, un Belge, un qui a franchi le pas pour refaire sa vie... – qu'à un autochtone dont l'authenticité fait rire mais finit toujours par mettre mal à l'aise.
Le groupe familial franchouillard, la tribu des « victimes », c'est la sphère de notre numéro 10... Le Coach américain aime y pénétrer pour mettre un N°7, ou un Juste N°9, « en orbite »... Encore faut-il savoir prendre la place de l'individu Alpha du groupe – notre N°1 – ou faire ami-ami... En effet, celui-ci est bien le centre tacite de tout groupe social (hors équipe du N°2). Ce rôle de Tertium lui reste dévolu à moins qu'il ne soit manipulé par un autre « Metteur en scène », le N°11 secret, caché derrière le trône de 12, l'envers du 3 qui vise le centre de 10, et que la tradition aime à nommer « le Pape », le 13e, le « A » (à distinguer de l'Alpha 1) ; ici Patrice Leconte... On peut même penser à l'ironie du réalisateur laissant ses vieux acteurs essayer de peaufiner leurs personnages, dans les Bronzés 3, alors qu'il sait pertinemment que – sans Marcus/1 – le film ne marchera pas...
Si le spectateur ne moufte pas l'ignominie de Marcus, c'est donc par identification implicite refoulée mais aussi parce qu'elle fut de tout temps humainement tacite ; L'Empire n'a jamais pris fin... Le groupe nous est ainsi sacrément crédible de par la présence de ce Grand-Frère, petit chef à la fois immoral et « responsable ». Socialement ça colle, d'autant qu'à la même époque giscardienne un Clouscard écrivait, à propos des territoires, qu'un « Fils révolté », héritier du système dans son rêve hippy – notre 1 – pouvait obtenir dans les confins, pour lui et ses subordonnés, une « nature sauvage »... Et le sociologue de préciser qu'il s'agit plutôt d'une nature rurale abandonnée, désertifiée, où 1 peut laisser libre cours à ses pulsions de Ça... Clarissa Pinkola Estès complète savamment le truc en précisant que la vraie nature du sauvage instinctif originel – sain –, du fait de sa « beauté » et de son énergie, est malheureusement toujours repérée par quelqu'un, un groupe, dans le but d'en faire un trophée, de le « réduire », de le modifier, de le régir, de l'assassiner, de le redessiner, de le placer sous étiquette, contrôle, grille... Ce « Gardien à la porte du sauvage » reste une des plus belles définitions de 1 que j'ai pu trouver. Encore faut-il ne pas le confondre avec le Roi du Bois/12 et celui qui veut sa place, 3... Disons que 1 arrive quand ceux-ci ont disparu.
Sous ses airs de Fils révolté, de soixante-huitard, le Boomer Marcus n'est donc qu'un pion du système centralisateur... de la sphère du 9 institutionnel, de la clique du 2, de l'inquisiteur 8... Ce N°1 a ici le choix de la décision, il est « chez lui », il fait ce qu'il veut et ménage/manage son groupe... Hélas, il peut fédérer aussi par la peur, l'exclusion, par la « désignation » d'un 3, 9 ou 10... et les autres le suivront. Bien comprendre que pour « ceux d'en haut », sous ses airs gouailleur, il est d'abord « responsable »... La moindre anicroche et il « gicle », disparaît aussi vite que ceux qu'il avait pointé du doigt... Mieux, il le sait et, parce que 8 assure sa surveillance en liaison avec l'Empire du 9 institutionnel, notre N°1 devra surtout tenir sa place de « cloutage » des sphères/collectifs de 10. Il reste le maillon faible, le fusible interchangeable, même si les régnants le préfèrent encore au 2 pernicieux ou au 4 ingérable... Il apprendra donc à limiter la concurrence ; d'abord médiocre, sans réel talent, ce « singe » (ci-après) saura d'autant se maintenir qu'il est sous la douche des subsides, de la récompense pour son travail de contrôle, voire pourra fonder une holding familiale...

Si le 1 de terrain reste souvent brut de décoffrage, d'autres sont plus mobiles au service d'une certaine idée de la centralisation. Notre 1 sera alors volontiers « parisien » c'est à dire pharisien ; le Milanais contrôleur du Piémont, le Toulonnais qui monte au village, le patron de presse qui descend à Marseille... Contrairement à 8 qui aime arborer les insignes du pouvoir, lui se déguise s'il est mandaté en « Ambassadeur » pour aller voir ce qu'il se passe dans un canton. Il met un chapeau, une chemise claire et un pantalon blanc, une veste jaune moutarde (fausse couleur « solaire », piquée au 5 et non au 7, pour cette anguille verte), il joue aux boules et boit l'anisette ; pas avec le bon peuple mais en compagnie d'autres 1 locaux, entre « amis choisis ». Il travaille à Paris mais peut vivre à Barcelone... Ce 1 peut se faire passer pour un N°4 hédoniste, circuler en taxi londonien, et faire ainsi la tournée des popotes de chefs étoilés. Partout, toujours, rassurer les notables, la préfecture, les bourgeois bohèmes depuis longtemps métissés entre loups du coin et résidents temporaires. Il peut être aussi le garant de la sphère féminine des louves du 2, les bourgeoises à niches du Draughtsman's contract, les tisseuses de toiles d'araignées, les sangsues immobilières, les conseillères spirituelles...
Bien comprendre cet aspect fractal du 1 façon poupée russe ; le 1 notable rencontre ses semblables sans se mêler aux 1 subalternes qui eux-mêmes gèrent leurs niches et suscitent des exclusions tacites en dehors de toute « logique » territoriale, culturelle, diplômante... C'est le règne de la mise à l'épreuve permanente, du rejet des intellos modestes – Qui parle Anglais ici ? Bien, tu me me nettoieras les chiottes... – et, tel Philippe Sollers (pour lequel j'hésite encore entre 9 et 1), notre 1 peut être à la fois maoïste et catholique ; toujours péremptoire...
Identifier un N°1, c'est donc pouvoir mettre un nom et un visage sur certains rouages, c'est savoir ce qui – avec la sphère de 2 – reste un grand tabou de nos sociétés. Si tu dessinais une courbe graphique de la Loi Laplace-Gauss de toutes les niches sociales, d'un extrême à l'autre, partout, toujours, tu aurais invariablement l'impression de tomber sur une « tête de 1 », sur un même ostracisme... Mieux que la Roue de la Fortune, grande symbolique du truc ; Bonapartisme. Repérer l'Alpha reste un passe-temps favori du Coach américain. Ne pas s'y tromper ; là où 2 est délégué dans le social, associatif, humanitaire... notre 1 est lui garant de la seule sphère du Travail, pas de sentiments... En compagnie de 8 et 6, compagnonnage et fraternelles, entretiens d'embauches, période d'essai, si ce n'est rites de passages et de loyauté... Travail et afters, toujours en « lieu de l'action » voire du danger...

Cet « ami facebook », le fustigeur de jeune-homme/femme, grand ordonnateur, garde tout de même l'âme d'un syndicaliste... Mis à part ses boucs émissaires désignés, ses proches peuvent l'apprécier. Il ne deviendra jamais pour autant un grand presidium comme 12, son opposite, car il demeure cantonné à cet éternel entre deux, entre régnants et profanes, entre haut et bas, loin de la gentry mondaine – même populaire – de 7... La sphère du 1, toute bourgeoise qu'elle paraisse parfois, reste bien celle d'une certaine frustration.

Bien comprendre cet aspect « Représentant de la niche ». Même si au départ il n'en est pas, n'a rien à voir avec la choucroute, il le « devient » à force d'imprégnation et de macération. Ce qui compte, c'est que le réseau-réseau de la sphère du 9 institutionnel, du 11 secret et du 2, ait pu repérer en lui, parfois très jeune, la verve d'un n° 1 idéal. C'est un « nerveux » (paradoxal pour ce type lymphatique) qui taillera sa pierre comme ses maîtres lui auront dit de faire ; le temps est son atout. Il pourra toujours dire, quand la plupart des protagonistes seront morts,
j'y étais... L'inverse, l'éclair de génie, le singulier tombé dedans quand il était petit, la congruence innée, l'harmonie territoriale vraie, lui est insupportable. Le réseau centralisateur de 1 prendra ainsi plaisir à ridiculiser tout élan socio-culturel un peu trop autonome, un peu trop générateur de création libre. Là aussi on observe des fractales et, localement, pas une niche ne doit rester sans cet « archétype » dont souvent le « rôle » n'est que de tenir sa place...
C'est ici aussi la définition de cette sphère de la
Beauté ; pas celle académique des Beaux-arts de 6, pas celle universelle des mêmes goûts stéréotypées. Non, c'est la Beauté touchante, celle de l'impétrant qui s'accroche et tire la langue, de celui qui « essaye » maladroitement mais qui, bien vite, reproduira les mêmes gestes et attitudes que « papa » ; tel un Singe qui se prendrait pour un Homme... mais 1 reste bien sujet à toutes les régressions. Attention, bien distinguer « l'imitation » de 2 – son déguisement de grand-mère aidante sur son profil de loup – de la « progression » de 1. Celle-ci est durable et, par un apprentissage tenace (comme 8), il « devient » vraiment le référent de sa niche. Ses acquis sont ensuite des gestes et attitudes conditionnels ; il pourra alors se consacrer à tirer implicitement les autres vers le bas, c'est tout. La
beauté peut ici virer au luxe, s'associer à la sphère matérielle du 2, voire au botox siliconé injecté par un chirurgien 8 ; il porte sa névrose au visage. Tout n'est que question de
statut même si le « poids » et la célébrité restent plutôt l'apanage du 3 diabolique, du 7 mondain voire de la sphère de 6. Seuls quelques
N°5 – grand mystère du lien entre 5 et 1 – seront les rares observateurs de ces phénomènes.

- Ce « bon chef de secteur », voire professeur Tournesol incompris, refuse idéalement les ordres d'en haut qui pourraient porter tord à son groupe mais ce fait reste très rare. Lui dit que, s'il s'accroche, s'il vilipende parfois un individu, c'est juste pour son bien, pour lui apprendre l'humilité, pour « niveler » et fédérer. Ce 1 pourra donc être fusible, exclu à son tour, souvent pour « réduire » un de ses excès de rayonnement social, pris au piège de son propre jeu...
- Le 1 antagoniste – vrai Persécuteur du Triangle de Karpman (pas 3...) – existe pourtant ; c'est le chef fromager, poilu avec marcel et béret à auréole de sel, cité par Michel Onfray... Si ses proches « l'apprécient », c'est bien par crainte. Un n°8 inquisiteur pourra alors s'en servir comme pivot, comme centre attractif à éviter, fera avouer son antipathie par ses méthodes DRH... Gare à celui qui annoncerait à 8 son antagonisme avec notre chef ; il peut déjà faire ses bagages, s'exclue de fait du groupe.
Si notre société est basée sur la diversité – idéalement et symboliquement représentée par nos 12 typologies –, l'Empire n'a donc de cesse de « fixer » chaque sphère par un représentant unique ; notre 1 alpha qui sait s'imposer. C'est ce qui explique aussi certains cas d'exil du N°2... L'obsession de notre chef est donc de limiter la concurrence et il se fera une joie de te montrer « ta place » même dans les sphères à priori accueillantes et bienveillantes... Souvent, cela peut se conjuguer par ton rabaissement statutaire, pour l'essai, pour l'exemple... La cohorte des
techniciens, et autres conseillers conseillés, est également là pour te guider sur un chemin tracé pour toi voire pour te faire douter de ta relation au néo-groupe par un cynique
Qu'est-ce que tu nous apportes ?... Ce genre d'injonction est un item essentiel pour l'identification du 1. Si le n°2 n'aura de cesse de « t'aider », de supposer chez toi un besoin, 1 sait lui
inverser l'orientation sociale par rapport au centre compétent qu'il pense être ; il te demande de te vendre, de te valoriser toi-même à ses yeux... et il n'y aura guère que le Coach américain pour t'expliquer cette redoutable stratégie magnétique de l'Attraction...
Qu'est-ce que tu apportes ? Ta bonne volonté ? Ta créativité ? Voilà longtemps qu'elles ont été parasitées... Non, qu'est-ce que tu apportes comme Argent, au sens de valeur monnayable directement exploitable... Ton corps, ton âme, un patrimoine, une bagnole pour le covoiturage ? Tu n'as toujours pas compris ? C'est 15%... Rejoindre une sphère républicaine financée par de l'argent public ne suffit plus ; c'est 15%... Règne des sociétés mixtes, des « agences locales », des ententes illicites, des gourous consultants avec relaxation sur tatami ; qui a pété ?

S'il n'est pas en tournée des goguettes et des fraternelles, notre 1 est donc un centre immobile. Nous pourrions développer des tas de portraits de 1 pertinents et de leur sphère/niche... Comprendre qu'à défaut de le haïr, de verser dans le syndrome
Dantec-Jovanovic – qui en sont – où tu ne devras surtout pas glisser, tu peux tenter de le comprendre (but d'une typologie...). Le tabou dit, tu souriras simplement du « commerce » perçu derrière les effets d'annonce de certaines
Syndicalistes, de brigadières Gilet-Jaune, de N°1 carabinées... Notre 1 féminine, artiste-auteure à scandale, est bien aussi une « productrice » qui peut embaucher pour sa holding, distribuer des prix en cercle fermé... Tu prends alors conscience du simple
risque à être Autodidacte
– l'antithèse du 1 –, à être celle/celui chez qui l'éducation populaire véritable, transmise par de bons instits de la communale – pas du collège, grande sphère du 1 – puis certaines écoles d'art & Vitruve pertinentes, porte enfin singulièrement ses fruits.
La question finale restant bien entendu
Qu'est-ce qu'on va faire de ça ? notamment en gestion de groupe... Dénoncer l'Alpha 1 peut certes être plaisant mais peu porteur ; c'est le mauvais travers de la typologie... sans parler des phénomènes de réseaux et autre obligation type code d'honneur... Mieux, si ton commanditaire – bon petit
Directeur – est lui-même un N°1, que fais-tu ? ...
- Si le but est de définir uniquement des typologies, concentre toi sur des descriptifs « positifs » tendance MBTI... En revanche, tu sais « pour toi » qui est vraiment le Type, comment il fonctionne, quelle sphère sociale peut venir à sa rescousse...
- Si l'objectif est de ramener un Type trop buté à des comportements plus souples, je te conseille de t'inspirer d'avis comme ceux
d'Astrid Deballon ; une amie qui apprécie aussi mon travail. Raisonner/blâmer un N°1 n'est peut-être pas la meilleure chose à faire... Asty utilise aussi le
Triangle de Karpman – qu'elle nomme
triangle dramatique – pour résoudre certaines choses. Paradoxe, te positionner en
Sauveur face au N°1 pourra parfois changer la donne...