Ce blog est un point de vue sur les classifications typologiques en psychologie de la personnalité. Cette simple première phrase mérite déjà des éclaircissements et définitions.
- La psychologie de la personnalité est la science sociale actuelle désignée autrefois sous les noms de typologie et surtout caractérologie. Historiquement, ces classifications peuvent parfois remonter jusqu'à l'Antiquité avec, notamment, les fameux Tempéraments. Une classification « populaire » importante est aussi celle des 12 profils zodiacaux. Aujourd'hui, mêmes actualisés, les modèles typologiques de Jung, MBTI, Ennéagramme... reposent en fait sur ces descriptions initiales. Ils sont encore utilisés jusqu'au cœur des entreprises pour manager des équipes.
- En tant que science, la psychologie de la personnalité contemporaine ne peut pourtant plus reconnaître ces modèles anciens même s'ils restent « dynamiques » socialement. Pour être admis, un modèle scientifique doit répondre aux critères principaux suivants :
- Décrire des Individus, voire prédire leurs comportements, par des méthodes objectives. Cela commence par la détermination d'un champ lexical adapté ; les méthodes de l'analyse statistique factorielle déterminent ici les différentes dimensions de la personnalité. Des auteurs choisissent aussi un champ d'explication des données ; psychosexuel freudien, biologique dont cortical...
- Cette description doit tendre vers une théorie qui, en tant que telle, conserve le principe des règles scientifiques d'observation des variables étudiées, en situation ou via les items d'un questionnaire. Le classement de ces observations en dimensions générales est alors restitué avec vérification possible de toutes ces constatations, y compris par un tiers extérieur à la théorie. On distinguera l'approche idiographique – observation/entretien clinique d'un Individu – de l'approche nomothétique qui, elle, peut s'appliquer à de nombreuses personnes. De fait les descriptions cliniques permettent d'émettre des hypothèses concernant un grand nombre de sujets.
- Dès lors, le bon vieux modèle pédagogique scientifique – observations, hypothèses, vérifications, conclusions – peut te sembler facile à mettre en place ; modèle enthousiaste apte à faire de toi un.e professionnel.le du truc ! L'idée est là ; reprendre les descriptifs principaux des Traditions et en tirer les observations principales vérifiables pour les associer en nouveaux modèles pertinents. Démarche fondée sur ton intuition géniale, si ce n'est ton aperception hors du commun ! Mais pas si vite...
- Historiquement, c'est la sociologie qui fut une des premières disciplines à dépasser ce premier postulat « scientifique » pour s'imposer en tant que vraie science ; notamment grâce à la méthode des corrélations. Face à son dynamisme, la « nouvelle » sociologie eut d'abord à combattre non pas ses principaux détracteurs mais sa « récupération » par des admirateurs vite proclamés... En effet, d'après Bourdieu, tout le monde n'est pas Sociologue... et surtout pas par opinion et simple conviction. Le phénomène peut s'étendre à d'autres disciplines – Robert Filliou ironisait ainsi sur le Tout le monde est Artiste... – dont bien sûr la psychologie de la personnalité. Qui, en effet, plutôt que de se soumettre à une évaluation, n'est pas d'abord tenté d'émettre par lui même une opinion sur le caractère d'autrui ? C'estçuiquiditquiest et, dès à présent, je te propose d'abandonner le terme « psychologie de la personnalité » au profit du pertinent sociologie de la personnalité ! Outre l'observation concrète des signes extérieurs – fameuse sémiologie – plutôt que des hypothèses sur les fondements et besoins du Patient, l'étude des « situations » sociales, quant à la formation des personnalités, te permet aussi de botter en touche les théories pseudo-biologiques neuro certifiées... Pour que ces observations soient encore plus pertinentes scientifiquement, il faut savoir également les passer au crible de la méthode des corrélations ; connaître les principes de la Loi normale, et ses paramètres Mu & Sigma, pour calculer les moyennes et dispersions des coefficients de valeur -1 – 0 – +1... Mieux, connaître la force des corrélations même si celles-ci ne renseignent de fait en rien sur la causalité des effets observés... C'est enfin la méthode expérimentale qui te permettra de t'assurer que l'effet produit par une variable est bien dû à une de tes manipulations et non à l'effet d'une « variable cachée non-contrôlée »... Au sein des Groupes-tests observés – expérimental & contrôle – il te faut relever aussi les éventuels Effets Hawthorne, John Henry, Rosenthal, Barnum... sans parler de ta propre variable, de ta seule présence à l'expérience, question que les Anthropologues connaissent bien. Tes différents tests doivent également intégrer des notes brutes et standards/T, des profils graphiques avec ordonnées et abscisses en pourcentages, pour mesurer les éventuelles échelles du mensonge, négativité, négation... Tu privilégieras de toute façon l'analyse factorielle – l'Experience sampling façon Erwing Goffman – aux entretiens/questionnaires de cas cliniques. Tout test doit posséder une bonne consistance interne, fidélité intercotateurs, stabilité temporelle, et une validité des mesures constructive, critérielle, de contenu, convergente, ressemblante... Tout test doit mesurer des paramètres implicites, plutôt qu' « annoncés » à l'Observé, même si le spectre de la manipulation demeure.
- Si ta théorie ne trouve pas sa place dans ce paradigme scientifique – et avant tout social – autant te dire que ton étude des personnalités sera cantonnée à la « philosophie » (c'est le cas aujourd'hui pour Freud et Jung...), si ce n'est la parapsychologie...
C'est là que le concept de Sociologie de la Personnalité commence – seulement – à devenir pertinent. La lecture d'ouvrages divers et variés peut te faire prendre conscience, peu à peu, de questions fondamentales quant à l'histoire des sciences et techniques, à l'épistémologie. Une telle étude demanderait un autre blog mais certaines pistes peuvent déjà être abordées.
- Il ne s'agit pas de dénoncer le dogme pharmaceutique des référents scientifiques occidentaux qui n'auraient de cesse de discréditer – par des méthodes et codes linguistiques toujours plus complexes – toute concurrence contre leur intérêts et autorité en la matière. La situation sociale est ainsi ; si tu veux paraître un minium « crédible » dans ta pratique, tu te dois de respecter certains critères d'acceptation... Outre le « diplôme », savoir faire face à de premiers dilemmes ; « adhérer » jusqu'à quel point à une chapelle scientifique sachant que – mis à part l'astronomie – la plupart des groupes scientifiques constitués officiels ne respectent pas leurs amateurs ? Mieux, face aux rompus en éléments de langage, apprends à identifier les critiques légitimes de celles de mauvaise foi et – surtout – à repérer les récupérations immédiates de ton travail, quasi tel quel, au sein des dernières actualisations. N'en tire aucune aigreur et surtout pas de victimisation ; ce « signe » n'est pas tant celui de la qualité de ton travail que celui, plus délicat, de certaines intentions de tes récupérateurs (Bachelard cité ci-après...). Continue d'étudier, de créer et concevoir, puis de « poster » juste ce qu'il faut – en manuscrit envoyé, en articles de blog, en bouteille à la mer... – pour te faire confirmer encore la validité du truc voire orienter vers de fausses pistes tandis que tu agis déjà ailleurs... C'est ici le temps des lectures d'auteurs comme Daniel Cohen – pour comprendre les ressorts économiques plus que politiques – Tobbie Nathan, qui ne t'aidera pas à distinguer le vrai Scientifique du Charlatan mais à percevoir le paradigme d'ostracisation du premier, écouter Druillet et Dionnet évoquant les stratégies perfides de Moebius, et relire les Lois du pouvoir de Robert Green... Garde bien à l'esprit que, dans notre société du chaos, toute critique et « dénonciation » reste favorable à ton concurrent. Il ne s'agit pas d'en faire abstraction, ni de continuer naïvement et positivement, mais de combattre à un autre niveau.
- Qui dit épistémologie, étude de l'histoire des sciences, ne saurait ignorer Gaston Bachelard. Ce Philosophe n'avait de cesse de traquer chez d'éminents Observateurs leurs explications irrationnelles refoulées, leurs interprétations scientifiques « limites ». Bachelard va loin dans ses psychanalyses et nous régale d' images préscientifiques désuètes. Ce serait oublier que celles-ci peuvent parfois perdurer au sein des théories scientifiques actuelles. Paradoxe, Bachelard fonde, lui aussi, ses études sur la théorie des Éléments – pour ne pas dire des Tempéraments – et, tout en nous rappelant constamment la bascule possible des idées vers le développement d'intuitions irrationnelles mal venues, valorise dans le même temps d'antiques dialectiques comme celle de l'Alchimie... Pour d'aucuns, la véritable science – la chimie moderne – n'aurait vraiment vu le jour qu'en se dissociant des antiques croyances ; comme l'astronomie s'est séparée de l'astrologie... Mais Bachelard nous rappelle que l'Alchimie était bien d'abord une antique « façon de parler ». C'est l'expérimentation technique de ces préceptes à la lettre, par des Souffleurs avides, qui donna accidentellement naissance aux Scientifiques dits modernes... Ceux-ci se gaussent encore des images alchimiques mais aiment récupérer là toute idée nouvelle repérée. Ils ignorent aussi qu'ils puissent être eux-mêmes l'objet d'une observation singulière silencieuse ; en effet, l'Observateur regardant regardé – l'Observateur au carré – reste un must des méthodes sociologiques innovantes. Traquer la désuétude dans les premières théories de caractérologie scientifique de Pavlov ou Le Senne peut certes être plaisant mais relever les travers de la psychologie positive – dénoncée par Eva Illouz – chez les derniers auteurs universitaires en psychologie de la personnalité sera plus risqué...
- Se pose dès lors la dichotomie entre le singulier et le collectif, le local et le global. Pour d'aucuns, comme le scientifique et philosophe Étienne Klein, toute démarche ne saurait être « légitime » que par restitution constante et permanente envers quelque collège officiel... Si l'on ne peut douter des capacités intellectuelles hors norme d'Étienne, une analyse de ses interventions médiatiques ne saurait ignorer non plus une compétence remarquable en éléments de langage. Éléments toujours aptes à faire douter humblement l'impétrant au profit de quelque autorité établie ; on sait pourtant que toute évolution – même purement intellectuelle – nécessite sa petite révolution... Et que dire des « organes symbolistes » qui, malgré le culte et mystère du secret, n'ont de cesse de rappeler leur foi en la seule raison pure ? Face à cette seule stratégie de la « porte fermée », tu te dois de stopper immédiatement tout début d'interprétation hasardeuse... Nous sommes bien là dans l'emblème du miroir, de l'inversion de rhétorique et de sens ; ta perle/projection sera bien jetée aux pourceaux. Contrairement à ce qui est dit, l''Humain seul n'a effectivement ici aucune chance... Au mieux, tes concepts finiront déformés dans les sphères de quelques extrêmes associés où tu ne devras surtout pas glisser ; au pire... C'est aussi ça, la dispersion des moyennes du vaste champ social... Loin de ces codes, sans les mots implicites d'une telle initiation, ton travail – même sous seul couvert scientifique – n'a donc aucune chance ni valeur. Faut-il dès lors basculer volontairement dans le parapsychologique sachant que celui-ci peut rapporter gros ? Le secret, c'est simple ; ne pas divulguer à la masse sociale non pas ta condition et ton intention – laïcité et transmission au sein de la république démocratique – mais tes « ficelles de métier » car, une fois connues, celles-ci deviennent inopérantes... Tout comme l'interprétation d'un symbole doit savoir « s'arrêter », avant de basculer dans l'irrationnel, la dénonciation de cet ultime tabou social devient alors inutile.
L'idée, c'est bien de dépasser cette farce théâtrale où n'importe quel coopté peut désormais jouer – et capitaliser – au scientifique, au technicien, au psychologue, au thérapeute, à l'artiste, au chaman, au prestataire de service... L'idée, c'est de ne pas succomber à une vilaine autocritique maoïste, à une abjuration rituelle. En fait, la Sociologie de la Personnalité appliquée te permet désormais de t'orienter – seul.e – vers une meilleure connaissance du monde si ce n'est la Gnose... Nous sommes tous sur le même support/territoire, juste comprendre les différentes cartes mentales des individus et de leurs collectifs. La caractérologie ne te montre pas tant le « meilleur » des gens que ce qu'ils croient être en tant que « bonnes personnes »... Cette croyance, cette qualité, n'est équivoque que par rapport à une autre ; une ombre refoulée. Celle-là même qui – tôt ou tard – apparaît en réaction de ce bien observé (le fameux « double-caractère »)... Tu n'as plus alors à te justifier, à explorer passivement tes profondeurs inconscientes non-contrôlés, pour dénicher l'éventuelle graine pourrie imagée qu'un adepte aura semée... « La place est vide » et, toi aussi, tu peux désormais identifier activement ces quantités chez les individus et leurs collectifs égoïques. Il ne s'agit pas de transcender l'idée légitime et originelle de Bien & Mal, non, mais juste de comprendre les intentions qui mènent le monde où, désormais, tu évolues seul.e secrètement et librement.
Vera Cruz 2023 . Dernière modification novembre 2025
